Le regard que nous portons sur l’enfance

Une thématique m’a particulièrement habitée en ce mois de janvier : l’enfance.
Si vous me lisez depuis un moment, ce n’est pas vraiment nouveau que ce sujet m’importe. Néanmoins, j’ai fait une véritable cure réflexive tout ce mois.

Je suis impliquée en tant que parent élue dans l’école de mon fils et la fin d’année dernière a été marquée par des scandales de violences sexuelles dans le périscolaire parisien. Soucieuse de donner des armes à mon fils pour se « défendre » en cas d’agression, ou oser en parler, je me suis tournée vers des ressources sur les violences faites aux enfants.

J’ai d’abord regardé le documentaire Réinventer l’enfance d’Ève Simonet. Je l’ai trouvé très dur, mais néanmoins essentiel. J’ai été particulièrement touchée, en tant que mère, mais aussi en tant que professionnelle de santé : les violences faites aux enfants ont un impact majeur de santé publique.
10 % des enfants subissent ces violences et 10 % deviendront des adultes fragilisés à vie.
10 %, c’est énorme ! 3 enfants par classe en moyenne. Et pourtant, les actions restent largement insuffisantes au regard de l’ampleur du problème.

Le documentaire est parfois à la limite du soutenable, et je sais qu’il heurtera la sensibilité de certain·es d’entre vous. Néanmoins, j’ai choisi de regarder en face. Deux heures d’inconfort, qu’est-ce que c’est face à une vie brisée ?

J’ai ensuite écouté la série podcast Qui c’est qui commande ? de Lolita Rivé. Je l’ai trouvée extraordinaire. Elle balaie, en six épisodes, la place des enfants et leurs droits dans notre société. Pour moi, c’est un podcast d’utilité publique.

Avant d’être mère, j’ai longtemps cru que le sujet des enfants ne me concernait pas. En réalité, il nous concerne tous : parce que nous avons tous été des enfants, et parce que nous sommes tous responsables du monde que nous leur laissons, même si nous n’en avons pas. Ils sont le futur.

J’ai pris conscience que nous faisons face à un véritable problème de société. Comme pour d’autres impasses liées à nos modes de vie modernes, j’ai l’intime conviction que nous faisons fausse route dans la manière d’aborder l’enfance : dans notre culte de l’enfant sage, dans notre système éducatif et, plus largement, dans le regard que nous leur portons.

Cet extrait du premier épisode dit beaucoup :

« Les enfants, c’est un peu la décharge publique de notre épuisement. Avoir du pouvoir sur eux, ça nous donne l’impression d’en avoir un peu plus sur nos vies qui nous échappent. »

Comble de ce mois de janvier traversé par ces questions : la SNCF nous a servi sur un plateau d’argent un scandale révélateur, en interdisant les enfants dans sa nouvelle classe premium Optimum.
Plutôt que de réfléchir à des solutions pour aider les enfants à mieux vivre le train, comme cela existe déjà en Finlande ou au Japon, avec des wagons dédiés au jeu, on choisit la facilité : les exclure des espaces où ils pourraient être perçus comme une « nuisance ».

Aujourd’hui, discrètement mais sûrement, on est en train d’exclure les enfants de nos espaces, de leur demander de se faire tout petits. Ça s’appelle de l’adultisme : une domination des adultes sur les enfants, souvent invisible, mais profondément ancrée.

Pour moi, il y aura un avant et un après ce mois de janvier et ces réflexions sur l’enfance. Je ne peux plus fermer les yeux. Je ne sais pas encore de quelle façon, mais je vais trouver la mienne d’agir pour eux.

Précédent
Précédent

De la maternelle à l’hémicycle

Suivant
Suivant

Mes voeux pour 2026